Le design de l’attention – Création et Automatisation

Présentation de la séance :
Si, comme l’a énoncé William James dans un chapitre fondateur des études psychologiques, « notre expérience se définit par ce à quoi nous acceptons de prêter attention [1] <https://mail.google.com/mail/u/0/?pli=1#_ftn1> », alors notre utilisation ubiquitaire des algorithmes de moteurs de recherche – aujourd’hui directement intégrés et préprogrammés dans des d’interfaces utilisant la technologie de l’Eyes Tracking – engendre une reconfiguration majeure de notre attention, de notre expérience, de nos formes de vie sociale et de nos rapports à nos environnements réels ou virtuels. Lorsque Google proposait des lunettes permettant de superposer en direct – en temps réel – toute information du web sur les réalités que nous avons sous les yeux, cette imprégnation simulacrale de la carte sur (ou plutôt dans) le territoire extériorise par un dispositif technique la programmation algorithmique, qui dès lors peut régir automatiquement notre déplacement et notre appréhension culturelle de la réalité. L’Eye Tracking, en tant que technologie de capture et de suivi de l’attention, fait également le bonheur des inventeurs des dispositifs du Quantified Self, qui permettent à l’usager de contrôler lui-même son comportement en fonction d’indications quantitatives transmises par le dispositif et établies par les choix paramétrés de l’usager. L’algorithme soutenu par la prothèse possiblement portative de l’interface (entre soi et le monde) implique que l’individu n’expérimente plus le monde, mais utilise, reçoit ou recherche seulement des données déjà expérimentées d’un objet (qui peut être soi-même) qui n’est plus expérimenté en tant que tel, mais simplement traité comme une référence à un monde pré-conditionné. C’est ainsi à une atrophie de la sensation et de l’expérience vers laquelle semble conduire une partie de l’innovation en design d’interface. Cette séance tentera d’en tracer les contours, et interrogera les oppositions nouvelles générées par ces nouvelles interfaces entre cybertemps et cyberespace.

[1] <https://mail.google.com/mail/u/0/?pli=1#_ftnref1>  William James, The principle of Psychology, Henry Holt, New York, 1980, p.402

Intervenants :

Michel Paysant : Artiste spécialisé dans les projets de recherche et de collaboration art/science. Plasticien polyvalent, passionné de sculpture et de dessin, Michel Paysant crée depuis de nombreuses années des installations conçues comme des dispositifs fluides ou polymorphes dans lesquels il établit des passerelles entre art, techniques et nouvelles technologies. Il a réalisé le projet OnLAB <http://www.michelpaysant.fr/onlab/>  (le laboratoire d’œuvres nouvelles) : un projet de recherche au confluent de l’art, de la science et des techniques, réalisé en partenariat avec le musée du Louvre et trois grands laboratoires de recherche scientifique (le Laboratoire de Photonique et de Nanostructures (LPN) du CNRS, le Laboratoire de Spectrométrie Physique (LSP), et le C2RMF/Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France). Ce projet a permis entre autre la création d’œuvres d’art à l’échelle nanoscopique et microscopique, inspirées de l’architecture et de l’histoire de l’art, qui ont été présentées au Musée du Louvre de novembre 2009 à mai 2010. Michel Paysant est également connu pour sa travail artistique utilisant la technologie de l’Eye Tracking, notamment dans son œuvre Eye Drawing. http://www.michelpaysant.fr/

Christian Licoppe : Professeur de sociologie au département de sciences économiques et sociales à Telecom Paristech. Polytechnicien, physicien de formation et titulaire d’un doctorat en histoire et en sociologie des sciences et des techniques, Christian Licoppe développe depuis une douzaine d’années des recherches sur les usages des technologies de communication qui ont donné lieu à de multiples publications scientifiques. Il a également développé une approche ethnographique de type « workplace studies », basée sur l’analyse des données vidéo, à l’intersection de la sociologie du travail et de l’anthropologie de l’activité, et avec une sensibilité vers les pratiques interactionnelles et les médiations technologiques à travers lesquelles elles se déploient.  Il vient de terminer un projet de recherche sur les usages de la messagerie instantanée dans les entreprises. Il a étudié dans ce cadre les centres d’appel, ainsi que les pratiques interactionnelles au tribunal. Il est aujourd’hui un spécialiste reconnu des technologies du Quantified Self.http://ses.telecom-paristech.fr/licoppe/

Claudia Roda : Professeur d’informatique et de communication globale à l’Université américaine de Paris, elle est aussi cofondatrice du Technology and Cognition Lab  <http://ac.aup.fr/%7Ecroda/> et du Groupe de travail sur les droits de l’homme et de la technologie numérique. Claudia Roda a été directrice du département des arts et sciences de 2008 à 2011, à l’université américaine de Paris. Pour ses recherches réalisées, elle reçoit en 2007, la  récompense de l’ AUP’s Board of Trustee Award for Outstanding Research and Publications. Ses recherches actuelles http://ac.aup.fr/~croda/research.php <http://ac.aup.fr/%7Ecroda/research.php> se concentrent sur l’impact de la technologie numérique sur le comportement humain et la structure sociale en explorant des modèles théoriques et appliqués pour l’attention informatique. Sa recherche actuelle évolue de ses travaux antérieurs sur la conception, la mise en œuvre, et la validation de systèmes multi-agents soutenant les processus cognitifs et sociaux, vers l’apprentissage et la collaboration. Ses recherches sont publiées et parrainées par plusieurs organismes, dont la Commission européenne et la fondation Andrew Mellon. Elle a récemment publié en anglais « Human Attention in Digital Environments  <http://ac.aup.fr/%7Ecroda/> »(Cambridge University Press).

Réalisé en partenariat avec l’EnsadLab. Vous trouverez ci-après l’argumentaire et le programme complet du séminaire : http://www.iri.centrepompidou.fr/seminaire/le-design-de-lattention/

Pour cette session intitulée : « Attention automatisée et design d’interface : Eyes tracking, GoogleGlass et Quantified Self », nous aurons le plaisir, le mardi 24 mars, d’écouter et de discuter avec Michel Paysant, Christian Licoppe et Claudia Roda.

Cette séance se déroulera exceptionnellement à la Biennale Internationale de Design de Saint-Etienne, de 14h à 17h, à l’auditorium de la cité du design, dans le cadre de l’exposition « A-T-T-E-N-T-I-O-N », placée sous le commissariat de David-Olivier Lartigaud et Samuel Vermeil.

http://www.biennale-design.com/saint-etienne/2015/fr/colloques-et-conferences/?ev=le-design-de-l-attention-556http://www.biennale-design.com/saint-etienne/2015/fr/biennale-in/?ev=a-t-t-e-n-t-i-o-n-4