Lire Turing aujourd’hui

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Nous sommes heureux de vous annoncer la prochaine séance du séminaire Digital Studies qui aura lieu le mardi 13 janvier à 17h en Salle Triangle : J. Lassègue et D. Bates proposeront une relecture des travaux d’Alan Turing, mythe fondateur de l’informatique et de l’intelligence artificielle.

C’est à Alan Turing que nous devons le concept de « machine abstraite » ainsi que le fameux « test de l’intelligence » – qui seront à la base de constructions intellectuelles et de programmes de recherche majeurs du XXè siècle : le cognitivisme et l’intelligence artificielle.

Alan Turing est généralement associé à l’idée que l’esprit humain peut être compris en termes machiniques. La machine « abstraite » qu’il conceptualise en 1936 suggère que le fonctionnement de l’esprit humain peut être modélisé à l’aide d’algorithmes et reproduit dans une machine à états discrets, dont rien n’empêche a priori la réalisation matérielle. De plus, le test qu’il propose en 1950 dans « Computing Machinery and Intelligence » suggère que la pensée humaine peut être simulée avec succès par un ordinateur numérique.

La pensée de Turing sur la cognition est cependant plus complexe qu’il n’y paraît. À trois moments dans son œuvre, Turing se réfère à un domaine de la pensée humaine qui échappe à toute explication machinique : il distingue l’esprit et le corps, il évoque un «oracle» comme fournisseur non-mécanique des intuitions mathématiques, il mentionne l’existence de la perception extra-sensorielle et affirme que l’esprit peut affecter à distance les autres esprits ou même la matière. Loin de faire de Turing un penseur aux inclinations mystiques, il s’agira, lors de cette séance, de montrer que sa théorie de l’intelligence repose sur l’idée que l’esprit humain et le cerveau sont des systèmes ouverts, qui se sont développés et ont progressé seulement en raison de perturbations venues de l’extérieur. Sa « croyance scientifique en la réincarnation » invite aussi à questionner la thèse de l’indépendance du dispositif de traitement de signes à l’égard de la matière dans laquelle il est susceptible de se réaliser, ainsi que les enjeux soulevés par la possibilité de l’incarnation d’une machine logique dans la nature physique.

AlanTuring

Car si Turing est essentiellement connu comme mathématicien, logicien, ou cryptographe, il s’est aussi intéressé, à la fin de sa vie, à la philosophie de la nature. Alors que ses premiers travaux ont trait à la notion de calcul formel et au rôle de l’intuition et de l’ingéniosité dans le raisonnement mathématique, ses recherches viseront finalement à expliquer l’apparition des formes biologiques à partir de substrats indifférenciés. Ce passage du formalisme mathématique à la question biologique de la morphogénèse (en passant par l’informatique) invite à relire les recherches de Turing à partir du déploiement d’un problème transversal aux sciences des idéalités et  de la nature, celui du rapport du calculable au non-calculable, et à interroger sa méditation autour de l’« au-delà » du déterminisme, au niveau formel comme au niveau physique. Il s’agira donc de sortir de l’interprétation cognitiviste et computationnelle classique d’Alan Turing pour repenser ses travaux à l’époque du numérique et des ordinateurs réticulés.

David Bates est professeur de rhétorique à l’université de Californie de Berkeley et ancien directeur du Center of New Media à Berkeley. Ses principaux thèmes de recherche sont l’histoire de la politique et de la pensée juridique, et l’histoire des sciences, des technologies, des medias et de la cognition. Lors de ses précédentes interventions, il s’était intéressé à la question de l’automaticité http://enmi-conf.org/wp/enmi13/session-1/ , à celle de l’augmentation de l’intelligence http://digital-studies.org/wp/david-bates-chapter-breakdownsummary/?lang=fr , ainsi qu’à la théorie de la faille http://enmi-conf.org/wp/enmi14/session-1/#video. Il écrit actuellement Human Insight : An Artificial History of Natural Intelligence, ouvrage dans lequel il retrace les conceptions de l’intelligence humaine dans la science moderne, et qui vise à fournir une histoire critique de l’intelligence artificielle. Ce projet débute avec Descartes et les premières idées concernant le rapport entre pensée et machine, envisage leurs transformations sous l’impact des évolutions technologiques, ainsi que des sciences du corps et du système nerveux, et aboutit à une étude de la cybernétique et du numérique.

Jean Lassègue est philosophe des sciences, chargé de recherches au CNRS et à l’EHESS, ainsi qu’au Centre de Recherche en Epistémologie Appliquée de l’Ecole Polytechnique (CREA). Ses travaux relèvent de l’anthropologie philosophique et ont pour thème général l’étude des formes et activité symboliques : dans ce cadre, il a étudié l’émergence et l’évolution de l’informatique, envisagée à la fois comme outil de modélisation d’un point de vue épistémologique, comme objet anthropologique réorganisant les savoirs et les pratiques, et comme nouvelle étape dans l’histoire de l’écriture. Dans son livre sur Turing (Turing, Paris, Les Belles Lettres, 1998), il s’attache à décrire la cohérence interne de l’ensemble des travaux qui ont progressivement conduit le théoricien de l’intelligence artificielle du formalisme mathématique à l’étude de la morphogénèse, en passant par l’informatique. Son intervention lors des Entretiens du Nouveau Monde Industriel 2014 portait sur Turing, l’algorithmique et l’incalculable http://enmi-conf.org/wp/enmi14/session-1/#video Il publie cette année Ernst Cassirer, du transcendantal au sémiotique.

David Bates et de Jean Lassègue interviendront en ligne. Leurs conférences seront suivies d’une discussion avec le public et Bernard Stiegler.

Séminaire Digital Studies

Le séminaire Digital Studies a pour objectif d’étudier la façon dont les technologies numériques influencent le savoir au niveau épistémologique et affectent chaque discipline académique (rôle de l’analyse de données, de la visualisation et de la simulation dans les sciences), afin d’ouvrir un débat public et scientifique international sur le statut de la technologie numérique dans les sociétés contemporaines et à venir, et de faire émerger sur la base de ce débat un collectif international d’échanges et de contributions autour des études numériques.

La technologie numérique, comme nouvelle forme de l’écriture et de l’accès à l’écriture (mise en forme, diffusée et lue à l’aide d’automates fonctionnant à la vitesse de la lumière) constitue une « technologie intellectuelle », dont l’industrialisation, l’automatisation et les performances de vitesse transforment radicalement les conditions de la vie de l’esprit sous tous ses aspects : psycho-affectifs, économiques, géopolitiques, sociaux, culturels, artistiques, intellectuels et scientifiques.

Toute société humaine peut être décrite comme un régime de traces. Une écriture, quelle qu’elle soit, est constituée par un ensemble fini de traces et de règles de combinaison de ces traces : l’extériorisation et l’intériorisation de ces traces constituent les cultures matérielles de la vie de l’esprit depuis l’origine même de l’hominisation. La numérisation en cours soulève des questions radicales aussi bien en ce qui concerne le devenir des organisations cérébrales humaines que pour le devenir des sciences, tous deux irréductiblement liés à un devenir tracéologique technique.

Au-delà de ces effets empiriques, ce bouleversement remet donc en jeu les topiques qui auront organisé la question de la connaissance aussi bien dans le passé, à travers la philosophie et l’épistémologie, que dans les périodes plus récentes, et en particulier à travers les divers paradigmes cognitivistes. C’est pourquoi les digital studies ne se limitent pas à l’étude des technologies numériques : leur objet générique doit être l’étude des techniques et technologies intellectuelles en général sous l’angle de leurs effets sur les savoirs en général. De telles digital studies, ou knowledge studies, posent en principe que l’étude de la connaissance n’est pas soluble dans celle de la cognition, tout savoir et toute connaissance supposant une artefactualité technique, à la fois pour pouvoir se transmettre et pour pouvoir se transformer.

Dès lors s’impose à toutes les disciplines et dans toutes leurs dimensions la question du statut qu’il convient d’accorder à la technique dans le devenir humain, et dans le devenir des savoirs par lesquels l’humain sait quelque chose de lui-même, et de ce qui, n’étant pas lui, est sa condition : les questions « imposées » par la numérisation se posent bien avant la numérisation – même si c’est face à l’expérience radicale du bouleversement traçéologique provoqué par la numérisation que ces questions semblent être devenues incontournables.

http://digital-studies.org/wp/fr/
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Des médias de masse à la révolution numérique

La Vie des Idées, 13 mars 2015, Entretien avec Fred Turner par Olivier Alexandre (Entretien traduit par Laurent Vannini, traducteur du livre Aux sources de l’utopie numérique. Olivier Alexandre a été la cheville ouvrière de l’invitation de Fred Turner à Paris en décembre dernier)
http://www.laviedesidees.fr/Des-medias-de-masse-a-la-revolution-numerique.html

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Fred Turner, l’utopie numérique : De l’antifascisme à la cyberculture en passant par la contre-culture

http://www.culturemobile.net/visions/fred-turner-utopie-numerique
Interview de Fred Turner par Ariel Kyrou
(avec une vidéo sous-titrée + article d’Ariel Kyrou + version audio de l’interview complète + transcription pdf : du très bon travail éditorial).

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Fred Turner: «Pour lutter contre le nazisme, ils ont voulu produire un homme total, rationnel».

Libération, 27 février 2015, interview par Marie Lechner
http://www.liberation.fr/culture/2015/02/27/pour-lutter-contre-le-nazisme-ils-ont-voulu-produire-un-homme-total-rationnel_1211127

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Le multimédia, un instrument politique «made in USA».

Médiapart, 05 janvier 2015. Interview par Joseph Confavreux (avec d’excellentes illustrations)
http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/050115/le-multimedia-un-instrument-politique-made-usa

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L’antipolitique, péché originel de la Silicon Valley,

Le Monde, 19 février 2015. Interview de Fred Turner par  Marc-Olivier Bherer
http://lemonde.fr/pixels/article/2015/02/19/l-antipolitique-peche-originel-de-la-silicon-valley_4577534_4408996.html

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Du Bauhaus à la Silicon Valley : une archéologie des médias

France Culture, 27 décembre 2014. Excellente interview audio par Sylvain Bourmeau (traduite en simultané par Xavier Combes)
http://www.franceculture.fr/emission-la-suite-dans-les-idees-du-bauhaus-a-la-silicon-valley-une-archeologie-des-medias-2014-12-2

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La France, nouvel éden des déçus de la Silicon Valley
Le Temps (Genève). Article de réflexion très intéressant par Monique Dagnaud sur le discours de Fred Turner à Paris… et ses mythes.
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/ad502018-c8c5-11e4-959d-74804f4bcbe7/La_France_nouvel_%C3%A9den_des_d%C3%A9%C3%A7us_de_la_Silicon_Valley